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Compte-rendus des archéologues

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C’est sur le cheminement préconisé pour les visiteurs (tracé rouge) que se sont succédés les divers corps de métier. Il s’est organisé une sorte de « marche en avant ».
La surveillance archéologique du site du Castellas a été la première opération menée sur le chantier en 2012. Les équipes de dégagement et d’étude archéologique ont passé quatre semaines sur place. Ce n’est qu’ensuite que les maçons ont commencé leur travail.
Il est intéressant de constater que les fouilles effectuées confirment les analyses historiques de Vivien Vassal. Une fois le passage effectué par la double équipe d’archéologues, les opérations de maçonnerie et de consolidation ont pu se dérouler durant le printemps sans risquer de mettre à mal des vestiges archéologiques de surface.

Le site :

Montoulieu apparaît dans les textes pour la première fois en 1178, mentionné comme castrum, sans lien aucun avec un peuplement antérieur. Cependant une famille de Montoulieu est citée dès le début du XIIe siècle. Le site peut être rattaché au réseau castral mis en place tout au long du XIIe siècle par les Bermond de Sauve. L’implantation d’une fortification sur la colline, sous le contrôle de seigneurs pariers, relève certes de la volonté de maîtriser un axe de communication important, mais aussi de regrouper les habitants des manses dispersés auprès d’un pôle seigneurial. Toutefois, cette volonté de restructuration du terroir paraît avoir échoué. Si le castrum reste le centre de commandement du territoire à travers les XIVe et XVe siècles, il ne semble plus servir que de lieu de stockage des cens en nature, alors que les manses périphériques continuent à se développer. Le site est vraisemblablement déserté au début de la période moderne. Bien que rien n’interdise de penser que le castrum a pu s’établir sur un espace occupé antérieurement, l’ensemble des vestiges paraît relativement homogène et la trame urbaine semble, à première vue, relever d’une seule et même volonté d’organisation. Cette fondation ne s’étant jamais développée et ayant été abandonnée relativement vite, son organisation cohérente s’est fossilisée, offrant aujourd’hui un parfait exemple de petit pôle seigneurial rural du Moyen-âge central.

Les ruines des bâtiments occupent tout le sommet du promontoire constitué d’un replat d’une centaine de mètres, orienté est/ouest. La partie occidentale du promontoire est occupée par le château proprement dit, dont l’élément le mieux conservé est le donjon rectangulaire, dominant le site. À l’extrémité orientale se trouvent les bases d’une tour quadrangulaire très ruinée. Entre ces deux fortifications, on peut lire à travers la végétation une série de murs dérasés, probables vestiges d’habitations dont l’organisation est actuellement difficile à percevoir. Ces terrasses dominent en leur partie centrale les ruines d’une église rectangulaire dotée d’un chœur semi-circulaire. Sur les versants ouest et sud de la colline, les restes de l’habitat villageois se développent en éventail. Ils sont clairement séparés en deux parties distinctes par une muraille polygonale qui se greffe sur l’angle nord-ouest du logis seigneurial et se perd ensuite dans les versants boisés au sud de l’église.

Le site a bénéficié de plusieurs études menées par Vivien Vassal et l’association G.R.A.L

Méthode :

Deux types de travaux ont été programmés : une sécurisation des parties en élévations et un important terrassement destiné à établir une boucle de visite du castrum. En raison des difficultés techniques que représentaient les terrassements, au vu de la topographie du site, du volume de gravats à traiter et des délais impartis, le choix a été fait de confier terrassements et suivi archéologique à la même équipe.
Les objectifs prioritaires de l’opération étaient d’établir un cheminement de visite aisé et sécurisé sur la partie la plus dense en vestiges du site du Castellas. Les dégagements devaient être réalisés, en préalable pour certains, en parallèle pour d’autres, avec les travaux de consolidation des élévations. Conscients de l’intérêt archéologique du site, les maîtres d’ouvrage et d’œuvre avaient d’emblée mis en évidence le besoin d’une surveillance archéologique des travaux.
Cependant, sur un site de cette ampleur, le principe d’un archéologue interrompant en permanence l’entreprise de maçonnerie pour réaliser des observations partielles ne s’est jamais révélé très efficace. En effet, dans ce type d’intervention, à moins d’y affecter des moyens et des délais conséquents sans aucun rapport avec le budget et le calendrier prévus pour la présente opération, les deux intervenants sont gênés.
Pour protéger les niveaux archéologiques apparaissant de toute part, les maçons doivent en permanence réadapter leur approche du site et l’archéologue doit systématiquement faire l’impasse sur bon nombre de données ou se contenter, par prudence, de faire remonter en permanence la cote de profondeur des terrassements. Le choix a donc ici été fait, en concertation avec le Service Régional de l’Archéologie de faire réaliser les terrassements et la surveillance archéologique par la même équipe.
Sur le terrain, les archéologues sont tenus par les mêmes contraintes qu’une entreprise de maçonnerie mais leur travail est facilité par le fait que budgets et calendriers sont gérés par un opérateur unique. Pour l’équipe archéologique, l’essentiel du travail a donc consisté à réaliser les dégagements prévus dans les délais impartis. Néanmoins, la « plus-value » archéologique est apparue sur deux niveaux : à titre conservatoire, les niveaux archéologiques en place, ne pouvant pas être traités correctement ont été intégralement préservés. De plus, quantités d’observations, qui constituent l’essentiel de ce rapport, ont pu être consignées avant le passage de l’entreprise de maçonnerie.
Au niveau de la connaissance du site, le fait de réaliser les terrassements permet une connaissance beaucoup plus fine du terrain que dans le cas d’observations ponctuelles réalisées a posteriori. La démarche archéologique est donc, dans ce cas, clairement conservatoire plutôt qu’analytique. Néanmoins, lors des terrassements, certains constats ont amené un éclairage nouveau sur le site.

L’opération de terrain des archéologues s’est déroulée du 26 mars au 19 avril 2012. Elle a consisté au dégagement d’un cheminement de visite à l’intérieur du site castral nécessitant d’importants terrassements, accompagné de sondages et d’observations archéologiques ponctuels dans les zones concernées par les travaux de sécurisation. La surveillance archéologique a ainsi pu s’effectuer en même temps que les dégagements. Il a été nécessaire de sécuriser les périmètres de travail, d’établir un cheminement facilement praticable au sein du château et d’une partie de son bourg castral, d’observer et de préparer certaines parties du bâti en préalable à la phase de consolidation, et enfin de gérer les déblais au moyen de zones de stockage.
La démarche archéologique a donc été clairement conservatoire plutôt qu’analytique.

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Les observations des archéologues :

Les terrassements ont concerné les niveaux supérieurs, donc les plus récents. De ce fait, il n’a pas été mis au jour de niveaux antérieurs à l’installation du castrum, de niveau de travail lié à sa construction ou de niveaux d’occupation liés à son utilisation. Toutefois, de manière résiduelle, quelques éléments céramiques paraissant dater du haut Moyen-âge ainsi que des fragments de tegulae sont apparus, dispersés sur l’ensemble des zones traitées.
Si, à ce stade de l’étude du site, la présence d’habitats antérieurs à l’installation du castrum ne peut être exclue, ces éléments peuvent être le résultat d’apports de terre venus des environs, démarche fréquente sur ces sites rocheux ravinés en permanence. L’exemple de la zone proche de la porte de la muraille nord-ouest, où le rocher est en forte pente est à ce titre significatif.
La période d’occupation du castrum n’a pas pu être abordée autrement que par des observations architecturales. Il en résulte un constat : la partie supérieure du site, qui aujourd’hui donne le sentiment d’avoir été bâtie comme une fortification cohérente, est en fait le résultat d’une fermeture progressive.

Le site semble à l’origine avoir été constitué d’une série d’unités architecturales distinctes, reliées entre elles dans un second temps.
L’insertion de UM 2, portail principal de la cour supérieure et celle de la poterne nord-ouest entre UM 6 et UM 7 sont à mettre en relation avec le mur qui vient, au nord-est, fermer l’espace entre le bâtiment nord et le donjon (Ill. 188). Ce mur est percé lui aussi d’une poterne de réalisation soignée, comme les deux ouvertures précédemment évoquées. Ce mode de construction n’a été observé que sur ces trois points de passage qui peuvent vraisemblablement relever d’une même campagne de construction.
L’espace clos par UM 22, entre deux bâtiments préexistant aurait été intéressant à explorer dans cette optique mais il sert pour le moment de zone de stockage des déblais.
Cette fermeture du castrum pourrait dater du XIIIe siècle, sur la base de seuls critères stylistiques. Cette datation pourrait être renforcée par la comparaison avec de nombreux sites de la région au sens large qui s’inscrivent dans une démarche similaire durant cette période marquée, dans les terres méridionales, par la radicalisation du pouvoir seigneurial issue d’un contexte d’instabilité politique.
C’est, logiquement, l’abandon du castrum qui a été le mieux caractérisé car du point de vue de la stratigraphie, ce ne sont quasiment que des niveaux d’abandon et de démolition qui ont pu être observés.
Le matériel retrouvé concorde avec les fourchettes de datation avancées par Vivien Vassal dans son article de référence sur le site du Castellas77, c’est-à-dire un abandon notoire à partir de la fin du Moyen Âge.

En effet, les niveaux d’abandon offrent un matériel dominant des XIIIe-XVIIIe siècle de notre ère, mêlés, de façon prévisible, à des indices céramiques d’époque contemporaine (tessons à glaçure jaune vif pouvant appartenir aux XIXe-XXe siècle). Les niveaux de démolition semblent rester quant à eux dans la période des XIVe-XVIIe siècles. Le site ne paraît pas avoir fait l’objet d’une destruction planifiée, mais plutôt d’une phase systématique de récupération des matériaux (absence de clous de charpente et de pièces métalliques, fragments de tuiles uniquement, arrachement des pierres de portail, absence de claveaux et de voussoirs) dans le cadre d’un « abandon organisé ».
A ce titre, la soigneuse fermeture en pierres sèches de l’habitat de la zone 9 comme celle de la cour du logis castral est emblématique d’une volonté de maintenir un certain contrôle des lieux désertés. La présence de merlons de pierres soigneusement constitués à côté des portes en zones 9 et 8 (UM 4 et USC 80) pourrait être liée à une volonté de stockage de matériaux renforçant cette impression.
Après cette phase, le site, en ruines, est encore fréquenté comme le montrent les niveaux de circulation (US 8 et 53-70) mises en évidence au sein des couches de démolition/abandon près des points de passage.

A l’issue de l’intervention, une importante partie du site est désormais accessible, sécurisée et plus lisible. Ces travaux permettront peut-être que l’étude et la sauvegarde de ce site aussi intéressant qu’attachant soit, un jour, poursuivie.

Pour en savoir plus : Le rapport d’ACTER